GILBERT ARTMAN / LARD FREE



GILBERT ARTMANGilbert Artman naît à Livarot, en Normandie, après la guerre 39-45. Encore adolescent, il fait ses débuts dans un orchestre de Jazz au Havre. Après son service militaire, il s'installe à Paris, où il travaille dans la décoration d'intérieur. Parallèlement, il joue de la batterie dans le groupe les Hara Kiri qui reprend les succès de groupes anglo-américains. Quelques temps après Mai-68, Gilbert Artman décide d'abandonner la décoration pour se consacrer entièrement à la musique. Bien lui en prend, il a l'occasion de jouer avec Don Cherry et Steve Lacy, au Chat qui Pêche, le fameux club de Jazz du quartier Saint-Michel. Gilbert Artman commence aussi à jouer avec ceux qui vont fonder Lard Free en décembre 1970 : François Mativet (guitare), Jean-Jacques Miette (basse, contrebasse), Dominique Triloff (claviers), Philippe Bolliet (saxophones, clarinette) et Jacky Chantrier à la sonorisation.

Six mois plus tard , Lard Free participe au Tremplin hebdomadaire du mythique Golf Drouot et gagne une séance studio. A cette occasion Rock & Folk parle pour la première fois du groupe, et en des termes plutôt élogieux : Lard Free est annoncé comme le futur Soft Machine français !
Ce concours leur permet ainsi de passer une matinée en studio, à la fin de l'Été 1971, et d'enregistrer deux morceaux. Peu de temps après le groupe fait la rencontre de Gilles Yéprémian, alors chroniqueur musical dans le journal underground Le Parapluie. Lard Free fonde à cette époque le Front de Libération de la Rock-Music, avec Barricade I et Barricade II, Komintern, Robert Wood's Tarot, Herbe Rouge et Alpha du Centaure. Un front auquel prend également part Gilles Yéprémian.

Gilles Yéprémian, qui deviendra leur manager, et par la suite celui de Urban Sax, réussit à convaincre le producteur du groupe Catharsis de les enregistrer. Le vibraphoniste anglais Robert Wood est à ce moment membre de Lard Free. Cependant le producteur met rapidement fin à la séance studio, organisée au début de l'année 1972, jugeant leur musique un peu trop expérimentale à son goût. Il faut dire que Gilbert Artman a intégré une carcasse de piano à son jeu de percussions...

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Les enregistrements de cette époque, y compris ceux initiés par le Golf Drouot, n'ont pas été perdus. Ils sont publiés plus de 25 ans après, en 1997, sous le nom de "Unnamed", par le label Spalax.
On y découvre les premières orientations de Lard Free, expérimentales, déstructurées ou alors dans une veine Jazz-Rock proche de Soft Machine ou Matching Mole, notamment le très canterburyien "Cochonnaille" enregistré en 1971.




Un peu plus tard Robert Wood invite Gilbert Artman à jouer de la batterie sur son premier album Sonabular (Edici, 1973). De sa rencontre avec Robert Wood, Gilbert Artman garde un intérêt durable pour le vibraphone et commence lui-même à en jouer.


En 1973 Gilbert Artman fait un séjour en Angleterre pour participer à Clearlight Symphony, le premier album du "super-groupe progressif" Clearlight. Clearlight, mené par le claviériste Cyrille Verdeaux, est alors parmi les premiers groupes signés par le nouveau label Virgin. Sur une face Cyrille Verdeaux est entouré de musiciens de Gong (Steve Hillage, Didier Malherbe et Tim Blake). Sur l'autre face le line-up est composé de Cyrille Verdeaux, Christian Boule (guitare), Martin Isaacs (basse) et de Gilbert Artman (batterie, vibraphone, percussions). Clearlight Symphony est publié par Virgin en 1975.

C'est également en Angleterre, dans les studios d'Island, qu'est enregistré, en avril 1973, le premier albumlard free 1 de Lard Free, "Gilbert Artman's Lard Free", pour être publié sur Vamp Records, le label de Didier Guinochet et de Gabriel Ibos (qui, bien plus tard, fondera Spalax). L'album est conçu en 36 heures, mixage compris. Le groupe est alors composé de Gilbert Artman bien-sûr, à la batterie au piano et au vibraphone, d'Hervé Eyhani, à la basse et au synthétiseur ARP, de Philippe Bolliet aux saxophones et de François Mativet aux guitares. Le résultat est assez brut et plutôt original pour l'époque. Il intègre Free Jazz, guitare électrique aux sons rêches et aux mélodies "improvisées". Le synthétiseur est exploité pour ses sonorités aussi puissantes qu'étranges, assez loin des tendances dites "planantes". La batterie de Gilbert Artman assure une assise rythmique solide qui trouve sa source plus du côté du Jazz que du Rock. Les saxophones tiennent déjà une place importante dans leur façon de scander des notes de façon répétitive, mais ils peuvent aussi se montrer très jazzy sur certains morceaux. On retrouve aussi une ligne de basse ça et là au cours de l'album comme un leitmotiv, un rappel des notes répétitives des saxophones entendues plus tôt.

En 1974, Gilbert Artman se joint à la Delired Cameleon Family, une grande formation mise sur pied pour créer la musique du film de Pierre Clementi Visa de censure n° X. Dans la Delired Cameleon Family on retrouve plusieurs musiciens ayant joué dans Clearlight, tel Cyrille Verdeaux, Christian Boule, Tim Blake, Joel Dugrenot (qui a également joué dans Zao), ainsi que d'autres musiciens plus ou moins connus : Francois Jeanneau, Joe Padovani, Yvan Coaquette, Ariel Kalma, Antoine Duvernet, Valérie Lagrange. La musique du film est publiée sous le nom de Delired Cameleon Family.

En 1975, Gilbert Artman joue également de la batterie dans le groupe Komintern, notamment lors d'un concert à Orléans en première partie de Faust. Komintern se sépare définitivement quelques temps après. Gilbert Artman participe aussi en 1975 au deuxième album de Clearlight Forever blowing bubbles.

lard free 2Pour l'enregistrement du deuxième album de Lard Free, " I'm around about midnight " (Vamp, 1975), Gilbert Artman a complètement changé le personnel autour de lui. Il assure batterie, percussions, vibraphone, orgue Hammond et saxophone ténor. Il s'entoure de Alain Audat (synthi VKS 3, sax ténor) et d'Antoine Duvernet (sax alto et flûte). Il fait également appel au leader de Heldon, Richard Pinhas (guitare, basse, synthé ARP et VKS 3), pour remplacer François Mativet. L'intégralité de l'album "I'm around about midnight" est enregistré en 3 jours dans les très réputés studios Ferber à Paris. Le titre de l'album et la pochette (conçue par Gabriel Ibos) donnent à  " I'm around about midnight " une couleur be-bop / années 50, la musique est pourtant à des années-lumière. On retrouve le morceau "Pale violence under a reverbere" sur le le troisième album de Heldon, dans un mixage différent, sous le nom de "Méchamment rock". Cet album de Lard Free est donc souvent décrit comme étant le plus proche de Heldon. C'est en partie vrai, même si c'est aller un peu vite. La première face est dominée par des ambiances synthétiques sombres et arythmiques. La seconde nous emmène sur le même terrain. Et même si la guitare électrique témoigne déjà d'une intervention humaine, les sonorités de vibraphone en fin d'album pourraient presque être ressenties comme une bouffée d'air frais !

En 1976, Gilbert Artman se joint au collectif Opération Rhino aux côtés de 17 autres musiciens, dont François Tusques, Itaru Oki, Daniel Deshays, Jacques Berrocal, Raymond Boni, Pierre Bastien, Mino Cinelu.... Leur unique prestation, donnée à l'occasion de la fête de Politique Hebdo à Lyon, est publiée sur disque par le label Expression Spontanée.

La même année, Gilbert Artman fonde Urban Sax, son propre "big band", composé uniquement de saxophonistes, un projet qu'il a en tête depuis 1973. A partir de là Lard Free et Urban Sax sont menés de front et se complètent à merveille.

De janvier à mars 1977 Gilbert Artman enregistre le troisième et dernier album de "Lard Free III : Spiralelard free 3 Malax", qui paraît à peu près en même temps que le premier album d'Urban Sax, en juin 1977, sur le label Cobra. Pour "Lard Free III", Gilbert Artman est entouré de Xavier Baulleret (guitares), Yves Lanes(synthétiseurs) et de Jean-Pierre Thiraut (clarinette). L'album se compose de deux longues plages (une par face du vinyle) également assez proche d'Heldon. La première face, "Spirale Malax", est à la fois entêtante, répétitives et planante. La seconde, Synthetic seasons, est nettement plus sombre et angoissante. "Lard Free III" serait tout naturellement classé dans la catégorie "Krautrock" s'il avait été réalisé par un groupe allemand !

Le personnel de Lard Free évolue encore par la suite. En Mai 1978 Lard Free et Camizole participent à un même festival en Vendée. Pour rattraper le retard pris dans le programme, ils décident de faire leur balance ensemble puis font finalement une performance commune. C'est ainsi que les deux formations fusionnent pour leur tout dernier mois d'existence et se produisent lors de 4 concerts (dont un fut enregistré).

Quelques mois plus tard, le 25 novembre 1978 plus exactement, Urban Sax joue à l'Olympia et a déjà atteint, en deux d'existence, une audience inégalée par rapport d'autres groupes d'un "certain rock français". Et pourtant l'aventure Urban Sax ne fait que commencer .......

Discographie :

Gilbert Artman's Lard Free (Vamp, 1973 - Réédité en CD par Spalax et King Records).
I'm around about midnight (Vamp, 1975 - Réédité en CD par Spalax et King Records).
Lard Free III : Spirale Malax (Cobra, 1977 - Réédité en CD par Spalax et King Records).
April Orchestra présente Lard Free vol. 15 (April Music, 1976) [ Compilation ]
Unnamed (enregistrements de 1971/72- Spalax, 1997).

Actualités :

"Lard Free Made in Japan." L'hyperactif label japonais Captain Trip réédite en février 2008 les quatre albums de Lard Free au format cd dans des pochettes cartonnées mini-LP "collector", dont il s'est fait la spécialité.

"Electronic Made in France" : Après Les Premières Machines 1968-1988 de Pierre Bastien (lire la chronique), la collection de Muséa Gazul les Zut-O-Pistes, dirigée par Dominique Grimaud, s'enrichit d'un nouveau volume, avec Musiques électroniques en France 1974-1984, une compilation de titres, pour la plupart inédits, de Lard Free, Gilbert Artman, Heldon, Richard Pinhas, Camizole, Verto, Vidéo-Aventures, Pascal Comelade, David Cunningham et Victor Nubla.

URBAN SAX